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Les mots pour le dire

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C’est le titre d’un livre de Marie Cardinale que j’ai lu lorsque j’étais adolescente et qui m’a marqué et que je porte toujours en moi.

Ma mère lisait beaucoup et il y avait des livres un peu partout à la maison, celui-ci en faisait partie et trainait sur une table basse parmi bien d’autres, mais c’est celui-là que j’ai pris. J’aimais le titre, je le trouvais mystérieux, un peu effrayant car je devinais derrière « le », article défini, un secret qui serait libéré par la parole.

J’avais raison, je me souviens encore ma plongée dans ce roman ! C’est l’histoire de l’auteure, une femme qui souffre de dépression et de maux gynécologiques qu’aucun médecin ne parvient à soigner, elle se vide littéralement de son sang sans qu’aucun diagnostic ne soit posé et remède apporté ; elle finit par ne plus oser sortir de chez elle. Désespérée, elle se tourne vers la psychanalyse en dernier recours. Celle-ci durera 7 ans mais délivrera l’auteure de ses maux en lui permettant de poser des mots sur son enfance et ses souffrances. C’est alors une renaissance pour Marie Cardinale, une nouvelle vie qui commence.

Je ne suis pas psychanalyste, mais dans mon métier, j’ai accompagné tant de personnes, comme formatrice et coach que j’ai bien pu constater l’importance des mots dans tous les processus.

Les mots posés, donnés, jetés, crachés, gardés, tus, ignorés…tous sont importants, mais je dois dire que ceux qui permettent vraiment de dépasser les freins, les blocages, les limites sont ceux que nous taisons.

Qu’est ce qui fait que nous taisons nos douleurs, nos manques, nos fragilités ?

La peur, la honte, la culpabilité, les regrets, le chagrin…des émotions que l’on craint de ne pouvoir maîtriser, qu’elles nous engloutissent, que le regard des autres nous juge et nous condamne.

Parfois même l’ignorance, c’est le déni : « Refus inconscient d’admettre une réalité insupportable ».

Nous construisons alors des stratégies, nous compensons par des identités sociales fortes, ou pas, mais nous naviguons dans notre vie, amputé d’une partie de nous-même, celle qui s’est arrêtée de grandir, de vieillir au moment de cette souffrance originelle.

Dans le coaching, l’objectif est d’accompagner une personne à atteindre ses objectifs en lui permettant de bien prendre conscience de toutes ses ressources, lever les freins qui « l’empêchent » et de se mettre en mouvement. Les personnes qui viennent me voir et c’est le cas pour tous les coachs, ont déjà réfléchi à ce qu’ils ne voulaient plus, à ce qui les dérangeait dans leur vie courante, leur travail, ce qu’ils voulaient (c’est parfois bcp plus long à définir) et ont souvent identifié ce qui les bloque. Ils ont beaucoup réfléchi à cela, beaucoup : d’analyses, de preuves, jusqu’à développer un discours rationnel, une boucle qu’ils peuvent ressasser à l’envi. Or, rien ne change !

Dans ces mots-là, j’entends la petite musique rassurante de l’histoire que l’on se raconte pour donner du sens à ce qui nous arrive. Nos échecs, nos ratages, nos impossibilités, nos limites, et j’entends souvent une responsabilité déportée sur l’entourage professionnel, personnel, la société, la politique…

Ces mots sont souvent un peu désincarnés, froids. Les émotions sont à distance.

Grace à la confiance qui se tisse entre nous, à ce rapport particulier, dynamique et empathique, d’autres mots viennent se poser dans notre espace. Au fur et à mesure que le rapport se fait plus dense, plus intime, la teneur des mots change aussi. Ils deviennent plus incarnés, plus personnels, les émotions se fraient une place.

Car la peur du jugement est tombée et que tous les mots peuvent être partagés, même les plus secrets. Je vois souvent le coaching prendre une nouvelle tournure à ce moment-là.

Lorsque les masques tombent et que tous les mots peuvent être dits et accueillis, que la petite fille ou le petit garçon sont entendus, nous pouvons alors avancer plus clairement vers ce qui compte vraiment pour la personne et se mettre en mouvement avec congruence et un élan nouveau. Le désir est de retour.

En entreprise, le phénomène est encore plus frappant.

Nous parlons beaucoup de stratégie, d’organisation, de performance, de process. Et bien sûr, tout cela est nécessaire. Mais dans nombre de situations que j’accompagne, le véritable enjeu n’est pas technique. Il est relationnel. Il est émotionnel. Il est dans ce qui n’a pas été dit.

On évite un sujet pour ne pas inquiéter.
On retarde une conversation pour ne pas créer de tension.
On adoucit un message pour ne pas froisser.

Avec de très bonnes intentions.

Mais les non-dits fonctionnent souvent comme un poison à diffusion lente. Ils ne provoquent pas de crise immédiate. Ils ne font pas de bruit. Ils ne déclenchent pas d’alarme spectaculaire. Ils s’installent doucement, dans les interstices : une réunion où l’on acquiesce un peu trop vite, un désaccord qui ne trouve pas sa place, un malaise que l’on choisit de ne pas explorer.

Puis, sans que l’on sache exactement quand, la confiance s’effrite. L’engagement diminue. Les interprétations prennent le pas sur les faits. La suspicion remplace la coopération.

Aucune organisation ne se fragilise du jour au lendemain. C’est presque toujours progressif. Et très souvent, ce sont les silences répétés qui font le plus de dégâts.

Le coaching n’est pas une thérapie. Il ne s’agit pas d’explorer indéfiniment le passé. Mais il offre un espace où l’on peut nommer ce qui agit aujourd’hui. Dire ce qui dérange. Reconnaître ce qui inquiète. Poser des limites. Exprimer un doute.

Et je constate régulièrement que lorsque la parole circule vraiment, quelque chose change immédiatement : la posture se redresse, les décisions deviennent plus claires, les relations se simplifient.

Alors je vous laisse avec cette question, simple et exigeante :

Dans votre environnement professionnel, quel est le sujet que tout le monde connaît… mais que personne ne formule clairement ?

Il ne manque pas toujours une meilleure stratégie. Parfois, il manque simplement les mots.

Et les mots, lorsqu’ils sont posés avec justesse, ont une puissance que nous sous-estimons encore trop.

Cécile