Je suis devenue coach parce que je voulais donner du sens à mon histoire.
Ou peut-être plutôt parce que je voulais donner du sens à ce qui, dans ma vie, n’en avait pas toujours.
Je savais ce que c’était que de douter, de se sentir perdue, fragile, parfois abîmée. Je savais aussi ce que c’était que de continuer malgré tout. De sentir qu’il restait quelque chose, quelque part, une sorte de force tranquille, un élan qui refusait de s’éteindre. Une petite flamme, discrète mais obstinée. Et je crois que je suis devenue coach parce que, très tôt, j’ai compris qu’une flamme, même vacillante, peut toujours être rallumée.
Une phrase de Christiane Singer m’accompagne depuis longtemps :
« Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus profond. »
Plus profond… pas plus fort.
Plus profond, c’est-à-dire plus humain, plus sensible, plus conscient de la valeur des choses, de la fragilité des êtres, du prix des moments simples. La vie nous creuse parfois, et sur le moment on a l’impression qu’elle nous abîme. Mais il arrive aussi que ces creux deviennent des lieux où quelque chose de nouveau peut naître : de la compréhension, de la douceur, de la solidité, une autre manière d’aimer, de regarder, de vivre.
J’ai longtemps cherché ce qui fait qu’à un moment, certaines personnes se referment, s’éteignent un peu, renoncent à leurs rêves, à leurs élans, à ce qui les rend vivantes. Et puis j’ai compris que ce n’était pas par manque de courage. C’était souvent par fatigue, par peur, par déception, par lucidité aussi parfois. Alors on commence à vouloir se protéger. On sécurise, on prévoit, on contrôle, on organise. On construit une vie raisonnable, une vie qui tient debout, une vie qui ne déborde pas. Une vie sans trop de risques.
Mais quelle vie est-ce que c’est, une vie sans risque ?
C’est une vie où l’on essaie de lutter contre l’inévitable : le changement, l’imprévu, le temps qui passe, les rencontres qui nous bouleversent, les chemins qui se ferment, ceux qui s’ouvrent sans prévenir. C’est une vie passée à vouloir éviter de tomber, plutôt qu’à apprendre à marcher.
Et pourtant, quoi que nous fassions, personne ne s’en sortira vivant !
Cette phrase peut paraître brutale, mais je la trouve au contraire profondément vivante. Elle remet les choses à leur place. Elle nous rappelle que nous sommes de passage, et que justement, parce que nous sommes de passage, cela vaut peut-être la peine de vivre vraiment.
Je pense souvent à cette phrase attribuée à Charles Chaplin :
« La vie est une tragédie quand on la voit en gros plan, mais une comédie quand on la voit en plan d’ensemble. »
Peut-être que le coaching consiste parfois simplement à aider à changer de plan. À prendre un peu de recul. À élargir le cadre. À voir que notre vie ne se résume pas à une chute, à un échec, à une peur, mais à tout le chemin parcouru, à tout ce que nous avons déjà traversé.
Nous sommes des êtres d’histoires. Depuis toujours, les humains se racontent : autour d’un feu, dans des livres, dans des chansons, dans des films, en marchant, en pleurant, en riant. Nous racontons pour comprendre, pour donner du sens, pour relier les événements entre eux, pour pouvoir continuer à avancer.
Dans un accompagnement, les personnes racontent leur histoire. Une histoire souvent bien construite, bien répétée, qui explique pourquoi elles en sont là. Et puis, peu à peu, nous rouvrons cette histoire. Nous la regardons autrement. Nous cherchons non seulement les blessures, mais aussi le courage. Non seulement les erreurs, mais aussi les apprentissages. Non seulement les peurs, mais aussi les moments où la personne a tenu bon, a osé, a traversé, a continué malgré tout.
Et puis un jour, la personne raconte la même histoire, mais elle ne la raconte plus de la même manière. Et quand le récit change, la vie commence à changer aussi. Pas comme par magie, pas parce que tout devient facile, mais parce que la personne ne se voit plus seulement comme quelqu’un à qui des choses sont arrivées. Elle commence à se voir comme quelqu’un qui a vécu, choisi, appris, résisté, créé, aimé, perdu, recommencé.
J’aime beaucoup cette idée que l’on retrouve chez Christian Bobin : « la vie n’est pas quelque chose qu’il faut réussir, c’est quelque chose qu’il faut habiter. »
Habiter sa vie, ce n’est pas faire une vie parfaite. C’est être présent à ce que l’on vit, être fidèle à ce qui nous fait vibrer, accepter aussi les détours, les chutes, les recommencements.
Je ne crois pas que nous puissions éviter les larmes dans une vie, et sans elle pas de vraie joie ! En revanche, je crois profondément que nous pouvons décider de ce que nous faisons de ces larmes. Nous pouvons les garder comme des blessures ouvertes, ou nous pouvons, avec le temps, le travail, les rencontres, les transformer en quelque chose d’autre. En force. En douceur. En compréhension. En présence à l’autre. En courage de vivre.
Peut-être qu’au fond, mon métier consiste simplement à marcher un moment à côté de quelqu’un pendant qu’il apprend, à son rythme, à transformer ses larmes en diamants.
Cécile
