J’adore cet acronyme !
Il résume parfaitement un mouvement de fond, silencieux forcément, puisqu’il s’agit du plaisir de manquer quelque chose, contrairement au FOMO : Fear of Missing Out.
L’optimisation, la performance restent des indicateurs clés dans la vie des organisations et c’est bien normal car une entreprise a besoin de rentabilité pour vivre ! Oui, mais voilà, ces indicateurs s’essoufflent, comme les salariés et les cadres de ces organisations. On n’en peut plus des multiples réorganisations, transformations… « La transfo »…
Et derrière cette suractivité qu’entraînent les mouvements du monde et leurs répercussions dans les entreprises, j’observe surtout un surenchérissement du FAIRE.
Il faut faire, agir, transformer, réorganiser, répondre, décider, s’adapter, intégrer l’IA, mettre en place un nouveau process… et vite de préférence.
Mais quand est-ce qu’on pense ?
C’est une question qui m’interpelle de plus en plus dans mon métier. Parce que prendre le temps est probablement l’une des plus grandes difficultés auxquelles nous nous confrontons en tant qu’accompagnants.
Les clients, particuliers comme entreprises, les cadres, les dirigeants voudraient souvent tout, tout de suite. Un problème = une solution, un enjeu = un process, une difficulté = un outil, une envie de changement = un nouveau projet professionnel.
Mais les choses étant liées entre elles et le temps psychique n’étant pas le temps de la machine, nous avons besoin de temps.
Du temps pour élaborer, rectifier, amplifier, diverger, clarifier, intégrer.
Parfois même du temps pour changer d’avis !
Et aucune machine ne peut permettre de zapper ce temps d’intégration.
Comme la planète, les êtres vivants ont des ressources limitées.
Notre temps, notre attention, notre énergie, notre santé, notre capacité à absorber les changements le sont aussi.
Alors comment tenter de conserver/retrouver une bonne santé pour tous : les organisations et les humains qui les font ?
Évidemment, si j’avais la réponse je serais heureuse de la partager avec vous. Mais comme c’est systémique, c’est forcément complexe, et je n’ai pas UNE réponse à apporter. Mais peut-être quelques pistes, quelques réponses qui émergent.
Changer la signification de la réussite :
Parce que les jeunes générations ont vu nombre de leurs parents ou amis de leurs parents souffrir de ces épuisements professionnels, ils envisagent le travail avec un regard beaucoup plus circonspect, moins sacrificiel et plus détaché.
Cela ne veut pas dire qu’ils ne s’intègrent pas professionnellement ou qu’ils manquent d’ambition, mais que le modèle de réussite a changé : statut social, salaire, signes distinctifs ne constituent plus forcément les critères principaux. La mission accomplie, l’intérêt du travail et l’équilibre vie pro/vie perso prennent davantage de place.
Pour Tanguy Mousserion, sociologue du travail, spécialiste des mutations sociales et numériques du monde du travail : « On observe de nos jours un déplacement objectivable des priorités : si le travail demeure un vecteur d’identité, il ne constitue plus nécessairement le site exclusif de réalisation de soi ». Et il souligne également le « refus des injonctions à l’optimisation permanente ». — Les Échos, septembre 2026.
Préserver des ressources rares :
Alors que nous sommes plongés dans une surinformation permanente, et que notre temps d’attention se réduit à celui du poisson rouge (La civilisation du poisson rouge, Bruno Patino, Grasset), certains font le choix de préserver des ressources devenues rares : le temps, la santé mentale, l’attention et les relations.
Ce n’est pas fuir le réel ni les objectifs professionnels inhérents à la vie de tout travailleur, mais peut-être choisir, en fonction de ces ressources, son engagement. Dans quelle organisation ? À quel poste ? Pour faire quoi ? Et dans quel système la qualité de vie est-elle réellement prise en compte ?
Des exemples existent, telle cette jeune cheffe étoilée qui, après une formation et une première étoile obtenue en travaillant comme une acharnée, sans compter ses heures, a décidé de créer son propre établissement et de remettre en cause la façon de travailler afin de permettre à tout le monde d’avoir trois jours de repos par semaine. L’établissement est fermé deux jours et les salariés travaillent quatre jours, ce qui lui a demandé de revoir complètement son organisation et ses plannings mais a considérablement facilité ses recrutements et la fidélisation de ses salariés dans un secteur connu pour son exigence en temps de présence.
Elle n’a pas renoncé à l’exigence ou à la performance. Elle a choisi de les penser autrement.
Vivre pour soi et pas uniquement par le prisme de ce que l’on montre de soi :
Sortir de la performance à tout prix, de la visibilité, refuser de participer à certaines réunions par peur de manquer une information ou de ne pas être vu, laisser sa montre connectée à la maison, couper les réseaux sociaux, prendre le temps après le travail de cuisiner, d’aller tricoter, se promener, faire du sport pour le plaisir, de la musique, avoir du temps pour soi tel que cela se pratique davantage dans certains pays nordiques par exemple.
Certains qualifieraient cela de manque d’ambition. Je ne crois pas.
Je crois que c’est savoir identifier ce qui compte vraiment pour nous et faire au mieux les choses que nous avons choisi de faire. Et chacun ses valeurs !!
Et arrêter de mettre de l’IA partout par peur de « rater le train » :
Parce que là aussi le FOMO fonctionne à plein régime !
On monte dans un TGV lancé à pleine vitesse sans toujours savoir pourquoi, ni même où l’on veut aller, puis on se retrouve tétanisé par tous les possibles : être remplacé par la machine, ne plus trouver d’emploi, se retrouver rayé de la carte du monde en tant qu’espèce, assécher les cours d’eau et les dernières ressources de la planète…
Alors peut-être faut-il commencer par prendre le temps.
Pour une organisation comme pour chacun de nous, savoir POURQUOI nous faisons les choses : que cherchons-nous à gagner, à éviter, à accomplir ? Comment cela va-t-il servir le système interne et externe à l’entreprise ? Pour qui ? Qu’allons-nous réellement mettre en œuvre ?
Et ensuite, seulement, AGIR.
Ce qui peut sembler paradoxal à une époque où tout va très vite, c’est qu’investir sur soi, sur son équipe ou sur son organisation demande justement d’accepter que tout n’aille pas vite.
Un accompagnement, une transformation, un changement professionnel ne sont pas des process que l’on injecte dans une machine en attendant que le résultat sorte de l’autre côté.
Il faut du temps pour comprendre ce qui se joue, essayer, rectifier, revenir parfois en arrière, intégrer ce qui a changé et laisser émerger autre chose.
Investir sur soi, son équipe, son organisation, c’est peut-être accepter de faire moins, mais mieux et plus durablement.
Et c’est là qu’intervient pour moi le JOMO : ne plus avoir peur mais au contraire se réjouir de rater quelque chose.
L’expo qui fait l’événement, le voyage à faire absolument, la dernière info, le chrono de mon dernier footing, la dernière Palme d’Or, la dernière version d’OpenAI ou de Claude…
Parce qu’en choisissant ce que je peux rater, je choisis aussi ce à quoi je veux consacrer mon temps, mon attention et mon énergie.
Et peut-être que finalement le vrai luxe aujourd’hui, c’est cela : avoir encore suffisamment de temps pour penser avant de faire.
Cécile
