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Regard de coach : « quand l’autre nous rend à nous-mêmes »

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On parle souvent de légitimité, de confiance, de place.
Mais derrière ces mots, il existe un fil discret, souvent invisible : le regard.

Le regard que l’on pose sur soi, façonné par notre histoire.
Le regard que l’autre nous renvoie, parfois déformant, parfois révélateur.
Et puis, en coaching, ce regard tiers : celui qui rééquilibre, qui redonne souffle.

Depuis quelques années, j’observe un phénomène constant chez les personnes que j’accompagne.
Peu importe le parcours, un même thème revient, comme une musique de fond :
“Suis-je vraiment à ma place ?”

1. L’autodidacte : l’infatigable qui doute en silence

Ceux qui ont tout appris par eux-mêmes me touchent particulièrement.
Ils sont souvent brillants, créatifs, résistants.
Mais derrière cette force se glisse un regard sévère, presque impitoyable.

Même lorsqu’ils ont accompli l’improbable, il reste une phrase tapie dans leur ombre :
“Si j’avais fait des études, je serais vraiment légitime.”

Leur regard sur eux-mêmes mélange souvent :
• la peur d’être « démasqués »
• la minimisation systématique de leurs succès
• un besoin insatiable de prouver
• ou au contraire, un retrait pour éviter l’exposition

Comme si leur valeur dépendait d’un diplôme manquant.
Alors qu’ils ont développé une intelligence de terrain irremplaçable — mais qu’ils ne s’autorisent pas à reconnaître.

2. Celle ou celui qui a gravi les échelons : la fierté mêlée à une loyauté douloureuse

Il y a aussi ceux qui ont “changé de monde”.
Ils ont franchi des frontières invisibles : sociales, culturelles, familiales.
On les appelle transfuges de classe — comme si avancer signifiait trahir.

Leur regard sur eux-mêmes porte souvent :
• une fierté tenue à distance
• une culpabilité d’avoir “réussi ailleurs”
• la sensation de n’être tout à fait chez eux nulle part
• l’effort permanent de s’adapter à des codes non natifs

Ils vivent parfois avec une question brûlante :
“Ai-je le droit d’être ici, alors que je viens de là ?”

Ce regard-là est traversé de loyautés anciennes, de pudeur et d’un décalage qui demande du temps pour s’apaiser.

3. Les plus diplômés : l’héritage des attentes

Et puis il y a ceux qui ont toujours été attendus au tournant.
Les brillants, les performants, les “bons élèves”.
Pour eux, le diplôme est un socle… et parfois une cage dorée.

Leur regard sur eux-mêmes est souvent marqué par :
• la pression d’exceller en permanence
• la peur de décevoir une lignée ou un milieu
• la difficulté à montrer leur vulnérabilité
• la conviction que la valeur se mérite par l’effort et la performance

Ils réussissent, bien sûr.
Mais parfois en s’oubliant eux-mêmes.

Dans toutes ces histoires, une constante :
le regard est faussé, rétréci, encombré d’héritages invisibles.

C’est là que le regard du coach intervient.

Un regard qui ne compare pas.
Qui ne surplombe pas.
Qui voit ce qui vacille, mais aussi ce qui est déjà solide.
Merleau-Ponty parlait du regard comme d’un espace possible : un lieu où l’on peut enfin apparaître.

Dans mes accompagnements, je remarque à quel point ce regard peut :
✔ redresser une posture intérieure
✔ libérer un espace où l’on n’a plus besoin de prouver
✔ calmer l’hypervigilance
✔ révéler des forces oubliées
✔ donner l’élan pour prendre sa place, vraiment

Lors d’une récente formation réunissant des leaders du monde entier, un participant m’a dit :
« C’est par la manière dont tu nous regardes — avec empathie, exigence et humour — que tu nous as donné la possibilité d’aller plus loin. »

Et j’ai réalisé que c’était peut-être ça, finalement, accompagner :
offrir un regard qui autorise à être soi, sans s’excuser, sans se cacher, sans dominer.

Montaigne écrivait : « Nous sommes, tous, plus riches que nous ne pensons. »
Parfois, il suffit d’un regard pour le retrouver.

Cécile